Marie (Élodie Bouchez) et Julien (Omar Sy) sont en couple depuis plus de vingt ans. Ils ont deux filles sans problèmes, une adolescente de quinze ans et une petite fille de dix ans (Marie Ayissi et Sophie Ricci). Ils vivent dans une grande maison à Vannes, en Bretagne, dans un cadre de vie plutôt sympathique. Bref, ils sembleraient parfaitement heureux s’il n’y avait pas ce problème de chaudière, en panne au mauvais moment pour les finances du ménage. La conversation un peu tendue entre Marie et Julien suggère un léger malaise au sein du couple. Sans doute la passion s’est-elle un peu estompée, après plusieurs années de vie commune et une multitude de petits problèmes domestiques, mais on sent également un peu de frustration chez l’une et l’autre.
Aussi, quand Anaëlle (Vanessa Paradis), la précédente compagne de Julien, revient s’installer en ville pour y ouvrir un bar, Marie se sent soudain menacée. Elle n’avait réussi à conquérir le coeur de Julien qu’à force de beaucoup de patience, après que le départ d’Anaëlle l’a laissé complètement déprimé. Maintenant que leur couple subit l’usure du quotidien, Julien pourrait avoir envie de trouver du réconfort auprès de son grand amour de jeunesse. Jalouse et inquiète, elle s’imagine que son conjoint lui a menti pour pouvoir assister à l’inauguration du bar, et qu’il la trompe avec Anaëlle. Cet état de faiblesse fait d’elle une proie facile pour Thomas (José Garcia), son supérieur hiérarchique, venu en Bretagne pour mener un audit de l’entreprise.
L’homme, réputé dur et froid avec les employés, se montre au contraire prévenant, aimable et délicat avec Marie, qui finit logiquement par céder à ses avances. Si leur brève liaison lui permet de reprendre confiance en elle et ses capacités de séduction, elle prend ensuite un tour plus gênant, et même inquiétant. Car Thomas, obsédé par sa collaboratrice, se montre manipulateur, intrusif et violent, essayant à tout prix d’obliger Marie à quitter son conjoint, ses filles et son cadre de vie.
Marie, prise au piège, ne sait bientôt plus que faire pour tenir à l’écart cet amant encombrant…
Cela vous rappelle quelque chose, non? Peut-être un peu l’intrigue de Liaison Fatale, film d’Adrian Lynne dans lequel Glenn Close harcelait Michael Douglas après avoir eu avec lui une liaison passagère. Sauf qu’ici, il n’y a aucun lapin bouillu (lapin foutu), aucun véhicule passé à l’acide, aucune attaque au couteau de cuisine et pas vraiment de tension non plus… Pour un film de près de deux heures, c’est un peu problématique, pour ne pas dire ennuyeux dans tous les sens du terme. Sauf si l’on admet que Dis-moi juste que tu m’aimes n’est pas un thriller, mais juste un drame articulé autour des relations humaines et le besoin de se sentir aimé. Mais même dans cette hypothèse, le récit patine un peu. Le problème, c’est que tous les personnages sont un peu stéréotypés, aussi fêlés que les bols Kitsugi que la soeur de l’héroïne apprend à façonner : Marie se comporte comme une adolescente jalouse et anxieuse, qui remet tout en question à la moindre petite anicroche, sans autre preuve que le témoignage d’un inconnu. Enfin, pas si inconnu, puisqu’il s’agit de son supérieur. Elle cède aux avances de ce type qui a le pouvoir de la virer quand il veut, comme il veut, et qu’elle ne peut pas vraiment tenir à distance, sauf à démissionner. Pas très malin, ça…
Julien, apparemment plus solide, traîne toujours la blessure d’avoir été abandonné par Anaëlle. Cette dernière est aussi revenue en ville dans l’espoir de retrouver un peu d’affection auprès de celui qui a été le plus amoureux d’elle. Eux aussi sont aussi vulnérables que des collégiens. Gwen et Maelys, les deux filles des protagonistes principaux, semblent à côté de leurs parents, des modèles de maturité. Quant à Thomas, c’est juste un fêlé dans le sens frappadingue du terme. Un type pervers, manipulateur, jouant de son autorité pour dominer complètement ses proies. Mais Anne Le Ny suggère, à travers le titre du film, Dis-moi juste que tu m’aimes, qu’il est lui aussi un pauvre type solitaire en mal d’amour et que c’est cette fêlure, sans doute héritée d’un passé douloureux, qui le pousse à adopter ce comportement excessif. Bref, avec des personnages comme ça, les psychothérapeutes de Vannes ne doivent pas chômer… Les spectateurs, eux, ne sont pas payés pour endurer ça. Pas de bol (et pourtant, le film ne manque pas de céramiques…).
Tout ceci serait parfaitement ridicule si Anne Le Ny n’avait à son crédit d’être une très bonne directrice d’acteurs et de savoir s’entourer de comédiens capables d’apporter de la nuance aux personnages. C’est le cas d’Elodie Bouchez, comme souvent impeccable, qui réussit à rendre crédible et touchant son personnage. José Garcia avait lui aussi démontré un certain talent pour incarner les personnages borderline et ce Thomas s’intègre parfaitement à sa filmographie, même si on aurait aimé le voir jouer un peu plus sur les aspects plus sombres de la personnalité de cet amoureux obsessionnel. Omar Sy et Vanessa Paradis assurent eux aussi le job très honorablement, même si leurs personnages auraient mérité d’être un peu plus valorisés.
C’est grâce à cette troupe d’acteurs que l’on accepte d’accompagner leurs personnages jusqu’au bout du récit. Mais franchement, on n’ira pas dire qu’on aime ce film qui peine à ajouter de la dorure aux fêlures, et de la tension à un récit assez atone.
Dis-moi juste que tu m’aimes
Dis-moi juste que tu m’aimes
Réalisatrice : Anne Le Ny
Avec : Elodie Bouchez, Omar Sy, José Garcia, Vanessa Paradis, Marie Ayissi, Sophie Ricci, Jennifer Decker
Genre : Liaison fadasse
Origine : France, Belgique
Durée : 1h50
Date de sortie France : 19/02/2025
Contrepoints critiques :
”Un drame poignant à la rythmique suffocante.”
( Sarah Lévy-Laithier – Public)
”Avec une réalisation classique mais soignée, Anne Le Ny signe un thriller psychologique plutôt réussi, qui interroge sur les relations conjugales, l’amour à l’épreuve du temps et la manipulation, sans tomber dans les clichés.”
(Laurence Houot – France info)
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