Le Dernier Samouraï (2003) de Edward Zwick

Le réalisateur-scénariste Edward Zwick retrouve le film historique pour une période située idéalement entre ses précédents films "Glory" (1989) et "Légendes d'Automne" (1994). Il s'inspire alors de l'officier français Jules Brunet (Tout savoir ICI !) qui parti au Japon pour travailler au sein de l'armée d'un shogun (et donc pas pour l'Empereur) ainsi que de la Rébellion de Satsuma (Tout savoir ICI !), s'appuyant également sur le livre "La Noblesse de l'Echec" (1980) de Ivan Morris. Edward Zwick co-écrit le scénario avec Marshall Herskovitz qui était déjà sur "Légendes d'Automne" (1994) et qui a entre temps réalisé "La Courtisane" (1998) et co-écrit également "Traffic" (2000) de Steven Soderbergh, puis avec John Logan remarqué pour son travail sur "L'Enfer du Dimanche" (1999) de Oliver Stone et "Gladiator" (2000) de Ridley Scott. Le film est une co-production néo-zélando-nippo-américain avec un co-producteur de poids nommé Tom Cruise, qui incarne logiquement le rôle principal pour lequel il ne touchera pas de cachet en échange d'un intéressement aux éventuels bénéfices. Le film, au budget généreux de 140 millions de dollars, reçoit un bel accueil critique et connaît un grand succès public engrangeant près de 457 millions de dollars au box-office Monde dont 2,2 millions d'entrées France... 1876, le capitaine Nathan Algren, vétéran des guerres indiennes, vit en vendant ses souvenirs dans des cirques ambulants. Sa réputation ayant dépassé les frontières, le gouvernement du Japon l'engage pour former leur armée dans l'optique d'une modernisation inéluctable et, surtout, afin de mettre fin à une rébellion de samouraïs menés par Katsumoto. Malgré une troupe encore pas formée, Aldren reçoit l'ordre de les mener au combat. La première bataille contre les samouraïs est un échec et Aldren est fait prisonnier. Aldren devient l'hôte de Katsumoto qui voit là le moyen d'apprendre de son adversaire. Bientôt, Aldren est séduit par les us et coutumes des samouraïs... 

L'officier Algren est donc logiquement incarné par la star Tom Cruise entre "Minority Report" (2002) et "Collateral" (2004) de Michael Mann, et qui retrouvera Edward Zwick et le scénariste Marshall Herskovitz pour "Jack Reacher : Never Go Back" (2016). Parmi les occidentaux citons Timothy Spall vu dans "Secrets et Mensonges" (1996) de Mike Leigh ou "Intimité" (2001) de Patrice Chéreau, Billy Connolly vu dans "Proposition Indécente" (1993) de Adrian Lyne ou "La Dame de Windsor" (1997) de John Madden, Scott Wilson remarqué dans "Dans la Chaleur de la Nuit" (1967) de Norman Jewison et "De Sang Froid" (1967) de Richard Brooks et retrouve après "Les Flics ne dorment pas la Nuit" (1972) de Richard Fleischer son partenaire William Atherton vu dans "Piège de Cristal" (1988) de John McTiernan et "58 Minutes pour Vivre" (1990) de Renny Harlin, et retrouve aussi après "L'Affaire Pélican" (1993) de Alan J. Pakula l'acteur Tony Goldwyn apparu dans "Ghost" (1990) de Jerry Zucker ou "Nixon" (1995) de Oliver Stone. Parmi les japonais citons surtout Ken Watanabe, le "Robert De Niro nippon" dixit Tom Cruise, qui joue là son premier rôle à l'international et retrouvera Hollywood pour notamment "Lettres d'Iwo jima" (2006) de Clint Eastwood ou "Inception" (2010) de Christopher Nolan, et retrouvera par exemple dans "Mémoires d'une Geisha" (2006) de Rob Marshall l'acteur Togo Igawa aperçu dans "Eyes Wide Shut" (1999) de Stanley Kubrick et qui retrouvera dans "47 Ronins" (2013) de Carl Erik Rinsch son partenaire Kiroyuki Sanada vu dans "Ring" (1998) de Hideo Nakata ou "Le Samouraï du Crépuscule" (2002) de Yoji Yamada et retrouve après "Les Evadés de l'Espace" (1978) de Kinji Fukasaku son partenaire Seizo Fukumoto vu dans "Le Feu de la Vengeance" (1982) de Norifumi Suzuki ou "Red Shadow" (2001) de Hiroyuki Nakano, citons encore Masato Harada avant tout réalisateur par exemple de "A Contre-Courant" (1996) ou "Inugami" (2001) et qui ne jouera plus qu'une seconde fois dans "Le Maître d'Armes" (2006) de Ronny Yu, Sosuke Ikematsu remarqué surtout plus tard dans "Avant la Tempête" (2016) et "Une Affaire de Famille" (2018) tous deux de Hirokazu Kore-Eda, puis enfin Shichinosuke Nakamura alias l'Empereur Meiji, surtout connu comme un acteur majeur du théâtre traditionnel Kabuki, et n'oublions pas le seul rôle féminin assurée par Koyuki Kato vu dans "Kaïro" (2001) de Kiyoshi Kurosawa ou plus tard dans "Always : Crépuscule sur la Troisième Rue" (2005) de Takashi Yamazaki... Comme toujours investi, Tom Cruise suivra une année d'entraînement, notamment et surtout aux arts martiaux et au maniements des armes blanches, au point qu'il prendra alors 12kg de muscle et saura manier deux sabres simultanément. Le rendu est effectivement impressionnant. Les décors et les costumes sont magnifiques, sur ce point le budget est merveilleusement visible à l'écran. Niveau décors le tournage s'est majoritairement déroulé en Nouvelle-Zélande, quitte à y placer le Mont Fuji en images de synthèse, alors même qu'une partie à bel et bien été tourné au Japon notamment dans le village de Himeji autour d'un monastère vieux de mille ans.

Le film retranscrit parfaitement les fêlures psychologiques de Aldren, puis met en exergue les notions ou les nuances autour des différences culturelles surtout autour de la mort et de l'honneur. Le film réunit tous les ingrédients du genre, historico-romanesque, aventure, drame dans un écrin de tragédie grecque. Néanmoins le film reste une fiction qui emprunte à plusieurs faits historiques nippons des années 1860-1880, mais le plus gênant est que le film omet les raisons réelles de la révolte des samouraïs, pour en faire des héros forcément beaux, bons et honorables (dans le sens premier du terme) les auteurs en font des chevaliers vertueux et courageux qui luttent contre le gouvernement mais pour leur Empereur ce qui est faux comme l'explique très bien l'historienne Cathy Schultz : "... de nombreux samouraïs ont combattu la modernisation de Meiji non pas pour des raisons altruistes mais parce qu'elle remettait en cause leur statut de caste guerrière privilégiée. Les réformateurs de Meiji ont proposé l'idée radicale laquelle tous les hommes sont fondamentalement égaux... Le film passe également à côté de la réalité historique selon laquelle de nombreux conseillers politiques de Meiji étaient d'anciens samouraïs, qui avaient volontairement renoncé à leurs privilèges traditionnels pour suivre une voie qu'ils pensaient renforcer le Japon." Le réalisateur a donc dû édulcoré les idéaux des samouraïs rebelles pour nous forcer à l'empathie et au respect, ce qui n'est jamais agréable. Mais le film reste un exemple parfait de la magie du cinéma pour en faire un film à grand spectacle solide et efficace. Un très bon moment.

Note :                 

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14/20