Mickey 17 (2025) de Bong Joon-Ho

L'un des meilleurs réalisateurs coréens, et donc mondiaux, grâce à des films comme "Memories of Murder" (2003), "Mother" (2009) ou "Parasite" (2019), Bong Joon-Ho revient avec un film d'anticipation particulièrement ambitieux en adaptant le roman "Mickey 7" (2022) de Edward Ashton. Le cinéaste explique : "en me lançant dans la lecture du livre, j'ai été de plus en plus absorbé par l'intrigue d'autant que j'ai trouvé le concept de la réplication humaine d'une singularité totale - et très différente du clonage. Et j'ai trouvé que dans les termes mêmes de l'expression réplication humaine, on sentait toute la dimension tragique de la condition des "Remplaçables". Je me suis alors demandé ce que ça ferait d'être cette personne répliquée..." Notons que le producteur-réalisateur-scénariste sud-coréen a modifié le titre pour une raison simple mais primordiale expliquée par le fidèle producteur Dooho Choi : "L'idée de la répétition et des morts successives du protagoniste a semblé cruciale à Bong Joon-Ho, tout comme il tenait à ce qu'on ressente ce que subit Mickey. Et, très en amont, il m'a dit "On va changer de titre parce qu'on a besoin de le voir mourir davantage." Le film est doté d'un budget à l'image de l'ambition avec un montant de 150 millions de dollars, soit le film le plus cher du réalisateur et de loin après les 50 millions de "Snowpiercer" (2013) et "Okja" (2017)... Mickey décide de devenir un "expendable", un employé jetable qui exige qu'il meurt et qu'il soit répliqué tant que nécessaire pour assurer la colonisation humaine de la planète de glace Niflheim. Donc après chaque mort un nouveau corps est généré avec les souvenirs de Mickey 1... 

Mickey est incarné par la star de la saga "Twilight" (2008-2012) qui a heureusement magnifiquement évolué depuis et qu'on n'avait pas vu pourtant depuis "The Batman" (2022) de Matt Reeves, sans compter sa prestation vocale pour le film d'animation "Le Garçon et le Héron" (2023) de Hayao Miyazaki. Il est entouré de l'acteur sud-coréen Steven Yeun qui retrouve son réalisateur de "Okja" (2017) et vu depuis dans "Burning" (2018) de Lee Chang-Dong, "Minari" (2020) de Lee Isaac Chung ou "Nope" (2022) de Jordan Peele, Mark Ruffalo qui tente d'oubliée son double rôle de Bruce Banner/Hulk chez Marvel avec dernièrement "Adam à travers le Temps" (2022) de Shawn Levy et "Pauvres Créatures" (2023) de Yorgos Lanthimos, Naomi Ackie remarquée dans "I Wanna Dance with Somebody" (2022) de Kasi Lemmons ou "Blink Twice" (2024) de Zoë Kravitz, Toni Collette vue récemment dans "Mafia Mamma" (2023) de Catherine Hardiwcke et "Juré n°2" (2024) de Clint Eastwood, Holliday Grainger essentiellement vue dans des films d'époques en costumes comme "Jane Eyre" (2011) de Cary Joji Fukunaga, "Anna Karénine" (2012) de Joe Wright ou "My Cousin Rachel" (2017) de Roger Michell, puis deux frenchies avec Anamaria Vartolomei vue récemment dans le navrant "L'Empire" (2024) de Bruno Dumont, "Maria" (2024) de Jessica Palud et "Le Comte de Monte Cristo" (2024) de Matthieu Delaporte et Alexandre de La Patellière, et retrouve sa partenaire Anna Mouglalis vue dernièrement dans "La Mer au Loin" (2024) de Saïd Hamich après "L'Evénement" (2021) de Audrey Diwan, film d'ailleurs dans lequel elles furent d'ailleurs remarquées alors que le film était présenté au Festival de Cannes 2021 dont le président du Jury était justement Bong Joon-Ho... Une fois encore malheureusement la bande-annonce est une arnaque, pour le pire et pour le meilleur. Pour le meilleur car les meilleures scènes sont dévoilées, pour le pire car toute la partie des clones est en fait sous-exploitée, pour ne pas dire que ce n'est tout bonnement pas le sujet ! Colonisation par les humaines d'une planète étrangère qui oublient ainsi leur propre histoire, fascisme latent, torture qui ne dit pas son nom, inhumanité... etc... On pense parfois à "Total Recall" (1990) et "Starship Troopers" (1997) tous deux de Paul Verhoeven mais ici Bong Joon-Ho est plus maladroit dans sa satire avec une violence qui paraît plus gratuite, plus malsaine surtout sur deux séquences (vous laisse deviner).

La première partie est focalisée sur les Remplaçables, on constate alors que les meilleurs moments du film y sont mais ça devient redondant et on se demande où veut nous emmener le cinéaste. En fait on comprend que le clonage est accessoire pour glisser doucement vers un pamphlet satirique anti-fasciste qui n'hésite pas à user de la violence comme d'une certaine fantaisie mais qui fonctionne plutôt moyennement, l'équilibre n'est pas très probant plombé aussi par un rythme inégal et un côté trop bavard. On pense alors justement à la réussite "Okja" (2017), précédent film du réalisateur où il avait abordé la violence animale comme un conte moderne. Ensuite, si on lit les déclarations du cinéaste on comprend encore moins ; par exemple "(Mickey...) n'a rien d'un super-héros, mais qui est un type banal, ordinaire, à qui il arrive une aventure insensé", ce qui est d'une banalité désolante tant il semble parler de quasi tous les héros de cinéma, ou encore "Cest la première fois que je montre à quel point les êtres humaines peuvent se révéler stupides, et combien cette bêtise peut aussi les rendre attachants", tout aussi éculé et non ils ne sont pas spécialement attachants. La performance de Robert Pattinson n'est pas pour rien non plus dans l'appréciation du film, excellent il accentue néanmoins le cabotinage ridicule de Mark Ruffalo (une fois n'est pas coutume). Il faut donc oublier la thématique du clonage et des répliques remplaçables, et accepter la partie satirico-politique pour apprécier le fil et sa douce dinguerie et ses séquences absurdes ou insolites. Pourtant, au vu de la filmo de Bong Joon-Ho, ça reste une déception et devient son film le moins abouti.

Note :                 

Mickey (2025) Bong Joon-HoMickey (2025) Bong Joon-Ho

13/20