
De Bong Joon Ho
Avec Robert Pattinson, Naomi Ackie, Steven Yeun, Mark Ruffalo
Chronique : Après le phénomène Parasite, auteur il y a cinq ans d’un exceptionnel grand chelem (Palme d’Or à Cannes, 4 Oscars dont meilleur film…), Bong Jooh-ho réalise son premier film américain. Il s’éloigne du réalisme social de son chef d’œuvre multirécompensé pour retrouver la verve dont il faisait preuve dans The Host, ou Okja, ce mélange de genres explosif et jubilatoire, parfois un peu foutraque, qui mêle SF, comédie, horreur et romance. Il met son style au service d’une critique grinçante des dérives de notre société de consommation et y ajoute une étude sarcastique des régimes autoritaires qui prospèrent actuellement dangereusement un peu partout dans le monde. Un Mark Ruffalo over the top, en est le symbole outrancier dans la peau d’un général aux accents trumpiens et aux desseins eugénistes, nourrissant ses admirateurs fanatiques de discours invoquant dieu, un avenir pur et radieux. Le réalisateur ne s’attendait sans doute pas à ce que la réalité dépasse la fiction entre la production et la sortie du film…
La direction artistique est comme toujours très solide, avec la proposition d’un univers graphique singulier, du vaisseau spatial aux allures de prison à la planète glacière Niflheim et ses habitants a priori peu accueillants. La mise en scène est à l’image du film lui-même, sarcastique et un peu grandguignolesque. La satire n’est pas toujours très subtile et la bouffonnerie l’emporte souvent sur l’analyse sociopolitique, mais de la lutte des classes, à l’anti-impérialisme, en passant par l’inversion de la monstruosité, les thèmes de prédilection de Bong Jooh-ho sont majoritairement abordés. Tout ne fonctionne pas, mais Mickey 17 est traversé par une belle énergie contestataire, formidablement incarnée par Pattinson (et Pattinson). Je suis très loin d’être fan de l’acteur, que j’ai toujours trouvé fade et mono-expressif dans des rôles de personnages torturés, mais il faut reconnaitre que le grotesque lui va comme un gant, il est dément en candide maladroit un peu bêta, et excelle lorsqu’il se retrouve à jouer son double malveillant. C’est une révélation et de loin son (ses) meilleur(s) rôle(s).
Dommage que Mickey 17 n’exploite pas totalement son potentiel, en particulier la question du déterminisme et du débat entre l’inné et l’acquis qui s’offre pourtant à lui lorsque les multiples apparaissent. Le pamphlet politique et la charge contre le régime totalitaire imposé par le général restent également assez superficiels.
Mickey 17 se contente d’offrir un (trop long) final spectaculaire comme l’exigent les grosses machines hollywoodiennes qu’il singe, mais il perd une occasion de développer son sujet plus en profondeur.
Et nous laisse avec un petit un goût d’inachevé.
Synopsis : Héros malgré lui, Mickey Barnes se tue à la tâche… littéralement ! Car c’est ce qu’exige de lui son entreprise : mourir régulièrement pour gagner sa vie.