Dans la lignée de la Nouvelle Vague grâce à ses films autobiographiques comme "Le Père Noël a les Yeux Bleus" (1966), "La Rozière de Pessac" (1968) ou "Numéro Zéro" (1971), le réalisateur-scénariste se lance dans une oeuvre particulièrement ambitieuse puisqu'il offre une nouvelle histoire autobiographie d'une durée de 3h40 ! L'histoire s'inspire directement de sa vie à l'époque du tournage entre sa rupture avec Françoise Lebrun, son amour pour Marinka Matuszewski et sa vie avec Catherine Garnier, les deux premières apparaissant dans le film. Le film est sélectionné au Festival de Cannes 1973 où il crée la polémique aux côtés d'un autre film qui sent le souffre, "La Grande Bouffe" (1973) de Marco Ferreri d'autant plus que la présidente de cette édition, la star Ingrid Bergman déteste ces deux films. elle "trouve regrettable que la France ait cru bon de se faire représenter par ces deux films, les plus sordides et les plus vulgaires du festival." Le film divise la critique mais malgré tout le Jury lui remet le Grand Prix du Festival. Le succès reste tout aussi partagé avec 340000 entrées France, pas aidé non plus par une interdiction au moins de 18 ans. Pourtant très vite le film se fait une place dans le monde cinéphile et avec le temps beaucoup cite le film parmi les plus grands films du cinéma français. Un succès pourtant au goût amer, Catherine Garnier se suicide peu de temps après la sortie du film. Eustache termine en maison de repos, et ressortira pour son dernier long métrage de fiction, "Mes Petites Amoureuses" (1974). Alexandre, jeune oisif se fait entretenir par son amante Marie, boutiquière plus âgée que lui. Mais il aime Gilberte, étudiante, qu'il tente de pousser à dire oui à une demande de mariage qui sonne comme un ultimatum, puis il aborde Veronika à la terrasse d'un café...
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Alexandre est incarné par Jean-Pierre Léaud icône et muse de la Nouvelle Vague depuis "Les 400 Coups" (1959) pour qui il tourne essentiellement, et retrouve son réalisateur après "Le Père Noël a les Yeux Bleus" (1966). Ses grandes amoureuses sont jouées par Bernadette Lafont elle-même muse de la Nouvelle Vague remarquée entre autre "Les Bonnes Femmes" (1960) de Claude Chabrol, "La Chasse à l'Homme" (1964) de Edouard Molinaro ou "La Fiancée du Pirate" (1969) de Nelly Kaplan, Françoise Lebrun qui lance sa carrière grâce au film suivi de "La Ville Bidon" (1973) de Jacques Barratier, "Souvenirs d'en France" (1975) de André Téchiné et en retrouvant Eustache pour "Une Sale Histoire" (1977), puis Isabelle Weingarten remarquée juste avant dans "Quatre Nuits d'un Rêveur" (1971) de Robert Bresson après lequel elle retrouve son partenaire Jacques Renard qui deviendra réalisateur, Jean-Noël Picq qui retrouvera Eustache dans "Mes Petites Amoureuses" (1974), et dans ses courts "Une Sale Histoire" (1977) et "Le Jardin des Délices de Jérôme Bosch" (1980) avant qu'il ne devienne pas psychanaliste. Citons ensuite Berthe Granval vue dans "Les Parisiennes" (1962) de Marc Allégret ou "Germinal" (1963) de Yves Allégret, Geneviève Mnich vue dans "Les Camisards" (1972) de René Allio puis plus tard dans "Beau-Père" (1981) ou "Le Bruit des Glaçons" (2010) tous deux de Bertrand Blier, puis enfin plusieurs caméos, essentiellement pour des clients à la terrasse de café, avec Douchka vue dans "Le Dernier Saut" (1970) et "L'Humeur Vagabonde" (1972) tous deux de Edouard Luntz avant de retrouver Eustache pour "Une Sale Histoire" (1977) à l'instar de Jean Douchet qui était apparu aussi dans les deux premiers grands films de la Nouvelle Vague "Les 400 Coups" (1959) et "A Bout de Souffle" (1960) de Jean-Luc Godard, Pierre Cottrell producteur de Eustache mais aussi de Eric Rohmer, André Téchiné qui va devenir un grand réalisateur avec "Les soeurs Brontë" (1979) et "Hôtel des Amériques" (1981), Noël Simsolo réalisateur-acteur-écrivain et critique cinéma, puis enfin Caroline Loeb, futur vedette de la chanson avec "C'est la Ouate" (1986) et accessoirement cousine de Isabelle Weingarten, et qui reviendra dans "Mes Petites Amoureuses" (1974) où le rôle principal sera joué par son propre frère... Un tel monument cinéphile aurait dû me séduire d'emblée, mais au contraire après "Mes Petites Amoureuses" (1974) Jean Eustache use et abuse de tout ce qui ne fait pas cinéma. Dès les premiers instants on fait connaissance avec un jeune homme qui passe d'une femme à l'autre d'une d'une goujaterie assez inédite car on se demande ce qui se passe dans sa tête pour agir aussi brusquement et de façon aussi illogique. Bref, en quelques secondes on n'apprécie guère ce jeune qui va s'engoncer dans les actions-réactions qui mènent à l'antipathie. Un jeune dilettante, faineant, sorte de dandy anar post-soixante-huitard qui palabre et qui ne semble avoir aucun but dans une histoire sans véritable enjeu tant il ne semble avoir aucune émotion sincère.
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On reste perplexe devant les bêtises déblatérées par Alexandre/Léaud, ou les tirades pseudo-philosophiques sur l'amour et le sexe ; par exemple "Je ne peux pas aimer une femme qui ne m'aimes pas", "les femmes sont tellement menteuses", sans compter une réflexion sur la satisfaction de faire la vaisselle qui serait obscène et autres... Mais le pire reste le style Eustache, forcément teinté de la Nouvelle Vague dans sa partie la moins passionnante, tout est très et trop théâtral au point que rien ne semble naturel, avec des dialogues appris par coeur et récité sans jeu ni émotion, avec des lieux qui se résument en gros au huis clos dans une chambre et des intermèdes dans un café. L'acteur Jean-Pierre Léaud raconte en effet que le réalisateur-scénariste était intraitable sur la précision des dialogues à la virgule près, résultat et conséquence la direction d'acteur empêche toute envolée lyrique ou toute émotion naturelle, tout semble factice et/ou superficielle. La visite de Paris se résume aux fameux cafés Les Deux Magots ou le Café de Flore, un peu de Jardin du Luxembourg, et une chambre ou deux. On souffre donc d'écouter les inepties d'un petit branleur durant 3h40 ! Il n'y a bien que Bernadette Lafont qui permet un peu de sentiment et de sensualité. Un film pari les plus surestimés que j'ai pu voir, dans la droite lignée de la prétention Nouvelle Vague qui a fait viré Jean-Luc Godard dès 1966. La durée est sans aucun doute un soucis, il y a si peu à raconter qu'on peut imaginer que 1h40 aurait donner sans plus de vie et de rythme. A éviter.
Note :