“Novocaine” de Dan Berk & Robert Olsen

NovocaineNathan Caine (Jack Quaid), est directeur adjoint d’une banque de San Diego.
C’est un type très discret, qui ne se mêle pas à ses collègues et se tient soigneusement à l’écart de tous les afterworks. Sa vie sociale se résume aux parties de jeux vidéo en ligne qu’il partage avec son seul “ami”, Roscoe.
Il y a bien Sherry (Amber Midthunder), la nouvelle employée de la banque, dont il est tombé amoureux, mais il n’ose pas l’aborder. Quand elle prend les devants, l’invitant à aller manger une part de tarte, il ne réfléchit pas longtemps avant d’accepter le rendez-vous, même s’il a bien conscience des risques qu’il prend en déviant de la vie quasi-monacale qu’il s’est créée.
En effet, Nathan est atteint d’une ICD (Insensibilité congénitale à la douleur), une maladie génétique qui l’empêche de ressentir la douleur ainsi que les sensations de chaud et de froid. A première vue, cela ressemble à un don assez utile, par exemple pour sortir un plat du four sans se brûler les doigts. Sauf que l’absence de douleur ne signifie pas l’absence de blessures, et celles-ci peuvent s’aggraver si elles ne sont pas soignées rapidement. Il pourrait se mordre la langue sans s’en rendre compte, ou se faire une fracture ouverte et ne s’en rendre compte qu’au moment de l’évanouissement… Gamin, il est assez rapidement devenu le “souffre-douleur” (façon de parler…) de ses camarades, qui profitaient de sa particularité pour le malmener et lui infliger des coups violents. C’est là qu’est né son surnom, “Novocaine”, en référence à la molécule anesthésiante.
La rencontre avec Sherry le pousse à sortir un peu de sa coquille et lui permet de découvrir tout un monde de plaisirs qu’il ignorait jusque-là.
Mais cette béatitude est de courte durée. Le lendemain de sa première nuit avec sa belle, trois individus font irruption dans la banque pour la braquer, assassinent le directeur et partent avec le butin en prenant Sherry en otage. Par amour, Nathan prend en chasse les braqueurs, au péril de son intégrité physique et de sa vie. Il va en effet devoir affronter un grand nombre de durs à cuire, encaisser beaucoup de coups et blessures qui mettraient n’importe qui au tapis, pour retrouver la trace de sa Sherry…

Sur le papier, Novocaine promettait de livrer une comédie d’action complètement déjantée, reposant sur la particularité physique assez incroyable du héros. En le rendant aussi résistant au mal qu’un méchant de film d’horreur (vous savez, ces psychopathes qui, malgré un chargeur complet dans le buffet, un couteau dans le dos, une épilation au lance-flammes, se relèvent toujours pour une ultime charge contre la “scream queen”…), cela permettait au scénariste, Lars Jacobson, de lui faire endurer toute une série d’épreuves plus violentes les unes que les autres et gores à souhait.
A l’écran, le contrat est en partie rempli. Caine encaisse un ouragan de baffes et coups de poing, se brûle au 3ème degré, se fait transpercer par des couteaux, flèches, balles ou autres objets insolites tout en conservant son flegme, pendant que les bad guys trépassent de façon beaucoup moins sereine. Comme les cinéastes Dan Berk et Robert Olsen citent comme référence les mésaventures des cambrioleurs de Maman, j’ai raté l’avion, qui tombaient pour notre plus grand bonheur dans tous les pièges tendus par le jeune Kevin McAllister, le film s’inscrit davantage dans le lignée de la comédie d’action que du thriller pur et dur, ce qui lui confère un certain capital sympathie.

Cependant, on reste sur notre faim. Déjà parce que Novocaine offre trop peu de péripéties pour une série B d’action. Il met beaucoup de temps à démarrer, en s’appuyant sur une sorte de comédie romantique assez nunuche et mollassonne. Et s’il y a bien deux ou trois scènes amusantes, comme le combat en cuisine à coups de poêles brûlantes et de hachoirs ou celui dans un cabinet de tatouage, le rythme finit par retomber comme un soufflé. Etrangement, malgré la durée confortable du métrage (1h50), il y a peu de place pour les morceaux de bravoure.
Mais le principal problème du film de Berk et Olsen est qu’au-delà de son principe directeur, il n’offre absolument rien d’intéressant. L’intrigue ne présente aucune originalité et s’appuie sur un rebondissement plus que prévisible. Les personnages principaux ne sont pas assez développés pour être attachants et les méchants (notamment Ray Nicholson, cabot comme Papa, le talent en moins…) sont trop caricaturaux pour que l’on aie envie de les voir se faire dézinguer.
La mise en scène est au diapason, des plus basiques. Ne vous attendez pas à des scènes incroyables comme dans The Raid ou des combats chorégraphiés comme chez John Woo ou  John Wick. Pas de mouvements de caméra dingues, pas d’idées de montage originales. Le film est correctement réalisé et monté, mais sans plus.

Bref, Novocaine n’est pas du tout un grand film. En même temps, on n’attendait pas grand chose du duo de cinéaste Berk/Olsen, et eux-mêmes n’ambitionnaient probablement pas de signer un chef d’oeuvre du septième art.
C’est juste une petite série B qui peut se laisser voir sans déplaisir à condition de ne pas être trop exigeant, de mettre son cerveau sur “off” et de s’abandonner à une action déjantée et un brin neuneu.
Inutile de préciser que le film n’est pas vraiment indiqué aux âmes sensibles. Si vous êtes du genre à vous évanouir à la vue d’une goutte de sang ou d’une cloque suite à une brûlure, passez votre chemin…


Novocaine
Novocaine

Réalisateurs : Dan Berk, Robert Olsen
Avec : Jack Quaid, Amber Midthunder, Ray Nicholson, Jacob Batalon, Betty Gabriel, Matt Walsh, Conrad Kemp, Evan Hengst
Genre : Action déjantée, gore et sous amphétamines, mais scénario sous opioïdes
Origine : Etats-Unis
Durée : 1h50
Date de sortie France : 26/03/2025

Contrepoints critiques :

”Jack Quaid, fils de Dennis Quaid est épatant. Le comédien est un comique né. Son personnage trouve un équilibre parfait entre naïveté d’anthologie et débrouillardise remarquable.”
(Caroline Vié – 20 mn)

”Si le postulat est amusant, ce film d’action ne fait jamais valoir sa singularité, enchaînant bastons ultra violentes et retournements de situations grossiers. Restent le sympathique Jack Quaid, dans le rôle central, et un combat final d’anthologie face à Ray Nicholson.”
(Yohan Haddad – Télérama)

Crédits photos : Copyright Paramount